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	<title>Claude Jamart &#8211; Tempo Freudiano Associação Psicanalítica</title>
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	<description>O Tempo Freudiano é uma associação de psicanalistas, fundada em abril de 1998, no Rio de Janeiro.</description>
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	<title>Claude Jamart &#8211; Tempo Freudiano Associação Psicanalítica</title>
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		<title>Cancer et chronicité</title>
		<link>https://tempofreudiano.com.br/artigo/cancer-et-chronicite/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Claude Jamart]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 17 Feb 2018 15:05:29 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Artigo]]></category>
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					<description><![CDATA[Cancer : maladie chronique ou chroniques d’une maladie ? [1] Claude Jamart Psychanalyste, Membre de l’Association Freudienne de Belgique et de l’Association Lacanienne Internationale   Un signifiant nouveau est arrivé …dans le discours de la cancérologie. Emane-t-il de la clinique qui est notre réel, où vient-il d’ailleurs et si oui de quelle origine est-il ? Cette question sera vôtre  [...]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><strong><u>Cancer : maladie chronique ou chroniques d’une maladie ? <a href="#_ftn1" name="_ftnref1">[1]</a></u></strong></p>
<p><strong><u>Claude Jamart </u></strong></p>
<p>Psychanalyste, Membre de l’Association Freudienne de Belgique et de l’Association Lacanienne Internationale</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Un signifiant nouveau est arrivé …dans le discours de la cancérologie. Emane-t-il de la clinique qui est notre réel, où vient-il d’ailleurs et si oui de quelle origine est-il ? Cette question sera vôtre parce qu’étant à la retraite de la vie hospitalière, je ne suis plus en mesure d’en entendre, et donc d’en  dire quelque chose, mais j’espère que ce que je vais  vous proposer comme réflexion aujourd’hui vous permettra de soutenir cette  question.</p>
<p>Quand dans un discours apparait un nouveau signifiant qui pourrait devenir maitre et le réorganiser, il convient de s’interroger sur ce qu’il charrie avec lui, souvent à notre insu,  et sur les effets qu’il pourrait engendrer, tout autant à notre insu d’ailleurs. Effets réels sur le réel de la maladie et de la prise en charge, mais aussi effets  imaginaires et symboliques. Les nominations ne sont jamais anodines et la Genèse nous en a déjà fait entendre quelque chose.</p>
<p>Un exemple récent dans le discours social : celui du signifiant radical et de ses déclinaisons : radicaliser, radicalisé, radicalisation… et dont vous connaissez les succès et les effets de peur et de haine sur notre appréhension et notre lecture  du monde actuel.</p>
<p>Je précise que discours est ici entendu dans son acception lacanienne comme cette organisation langagière, spécifique du rapport d’un sujet aux signifiants et à l’objet, et qui non seulement le déterminent mais qui règlent également les formes du lien social, et les places, dans ce lien social. Lacan à distingué structuralement quatre discours: celui du Maitre qui concerne le commandement, celui de l’Universitaire  qui concerne le savoir, celui de l’Hystérique qui concerne le désir et celui de l’Analyste qui concerne le rapport à l’objet en tant que manquant.  Ces quatre discours forment ronde ensemble, organisant la permutation des places dans le social : celle de l’agent, de l’autre, du sujet et de sa vérité,  et de l’objet cause du désir et de la jouisance.  Lacan ajoutera un cinquième discours, celui du Capitaliste pour nous faire entendre les effets de l’économie  néolibérale  sur  l’économie libidinale, en ce que  «  <em>l’économie de la dette qui enrichit les riches et appauvrit les pauvres  ne peut que déboucher sur la jouissance d’une économie de sacrifice et de cruauté »</em>.<a href="#_ftn2" name="_ftnref2">[2]</a></p>
<p>Ne pensez pas que je vous parle d’autre chose que de clinique. La place que nous tenons à l’hôpital comme psy nous confronte à ces discours : celui de la science, qui fait force de loi de sa position d’autorité en raison de son savoir, celui de la gestion qui ne connait comme efficace  que la rentabilité financière et un profit souvent caché, celui des soignants rendus hystériques devant l’abolition de la dimension désirante de chacun .Et celui de l’analyste qui tente de faire entendre la vérité du sujet de l’inconscient  entendue dans la parole des patient.</p>
<p>Le sujet n’est pas l’homme, pas plus que l’individu, pas plus d’ailleurs que le je de la grammaire. Le sujet est  produit et causé par le langage. Et dans la clinique, c’est dans <em>l’entre-les-mots, </em> quand glisse un lapsus, une inversion de lettre, qu’on peut en prêtant l’oreille en entendre quelque chose du sujet de l’inconscient. Je devrais d’ailleurs dire : en <em>entendre-lire</em> : puisqu’il s’agit de lettres.</p>
<p>Comme cet analysant qui voulant dire ’vignette clinique’ dira‘ clignette’. Clin d’œil peut-être ?…mais  à qui, à quoi ? Et si on prend en compte ce qui dans l’opération langagière s’est inversé et a chu,  on se retrouve à entendre, ou plutôt à lire :’ vit ‘ et ’ quette’ qui, comme nous savons, désignent tous deux le sexe masculin. Clin d’œil au Phallus alors ? Ou à l’analyste pour rappeler qu’à l’ordre phallique nous y sommes tous soumis ?</p>
<p>Venons- en à chronique</p>
<p>Ce n’est que par extension au 17<sup>e</sup>siècle qu’il sera  utilisé dans le discours médical,  dans le sens de ‘ fâcheux’, avec une idée de longue durée. Fâcheux : c&#8217;est-à-dire qui exige un effort pénible, qui est cause de déplaisir, qui porte préjudice, qui est contrariant, qui arrive mal à propos …La liste de ces désagréments est encore plus longue et ne constitue pas nécessairement  une bonne nouvelle à propos de cette nouvelle donne.</p>
<p>Avant cela, d’origine latine mais emprunté au grec, chronique désigne un type de recueil de faits historiques,  rapportés dans l’ordre de leur succession et présenté de façon chronologique. Orales d’abord mais aussi écrites, rappelez vous Joinville et Froissart, les chroniques sont pour le Moyen Age la seule  forme de l’histoire ; elles disparaitront ensuite au profit des mémorialistes. Sous la plume de Stendhal, devenues italiennes, elles seront récit, histoire, narration, écriture.</p>
<p>Ordre de succession, chronologie, écriture… en tous les cas dans la graphie de  nos pays occidentaux, je veux par cette série souligner  la dimension unidirectionnelle de linéarisation qu’apporte le mot chronique, ce mot que j’opposerai  ensuite  à d’autres façons, plus hétérogènes, poly, multiples, de considérer la temporalité.</p>
<p>Une incise : A coté d’une carrière professionnelle hospitalière dans un grand hôpital universitaire bruxellois et ce dans divers services hospitaliers, à coté aussi d’une pratique d’analyste ‘ en cabinet’, je rencontre depuis bientôt dix ans des collègues psy à Cotonou au Bénin et ce pour des échanges cliniques et théoriques: ils parlent de leurs cas, nous parlons de nos cas, et de comment chacun et chacune nous les pensons. Nous avons ainsi  été amenés  à considérer et mettre au travail de la théorie analytique des thèmes dont nous ne nous serions jamais saisis en Europe : la sorcellerie, en ce qu’elle organise la forme culturelle du symptôme, les rites <a href="#_ftn3" name="_ftnref3">[3]</a> en ce que leur pratique constitue une part importante de la thérapeutique, la divination en ce que la consultation du Fa <a href="#_ftn4" name="_ftnref4">[4]</a> à toutes occasions de la vie ressemble à nos pratiques interprétatives maniant équivocité et énigme, les mythes  en ce que ces grands récits cosmogoniques forment cadre de l’ensemble imaginaire et symbolique destiné à tenter de rendre compte du réel.</p>
<p>Ceci juste pour vous dire qu’il faut peut-être aussi considérer  que deux grandes figures mythiques planent sur ’chronique’ : Cronos et Chronos. C’est comme Dupond et Dupont, on les confond souvent,  leur différence ne tenant qu’à une lettre.</p>
<p>Cronos (sans h) est le roi des Titans et le père de Zeus ; Chronos (avec h) est un dieu primordial personnifiant le Temps  et la Destinée. Il est uni à la déesse Anankè qui personnifie la Nécessité. De leur  union naitront trois enfants : Ether, Phanes, et Chaos.</p>
<p>Chaos : celui qui dit la faille, la béance, et qui engendrera Gaia la terre, Tartare l’abime et Eros le désir. C’est intéressant, et très lacanien d’ailleurs, d’entendre que c’est de la faille, de la béance que nait le désir. Chronos apparait essentiellement dans les traditions orphiques qui ont évidemment Orphée comme initiateur, cet Orphée descendu aux Enfers à la recherche son épouse Eurydice.</p>
<p>« Ecrire, c’est se tourner vers Eurydice » dit Blanchot dans Le Livre à venir <a href="#_ftn5" name="_ftnref5">[5]</a> ; celui même qui jadis avait  accompagné mes premiers pas en cancérologie et dans lequel j’avais trouvé sous le titre <em>« La parole prophétique</em> » quelques éclairages au sujet des effets du diagnostic chez les patients.</p>
<p>Sous le terme d’imminence, j’essayais de rendre compte de ce curieux rapport au temps dont témoignaient les patients au moment du diagnostic. Imminence: non pas entendu comme proximité temporelle avec un danger, mais <em>’un temps tout à la fois totalement absent et dans le même temps, un temps tout à la fois omniprésent</em>. Sidération sans doute de la conscience de la continuité d’exister, mais peu, très peu de choses dans la littérature analytique pour m’éclairer. Plus tard dans la façon dont Lacan parlait de l’imparfait, j’ai trouvé des échos à cette idée d’imminence.</p>
<p>Parlant du stade du miroir, ce moment structurant de nouage des registres réel, imaginaire et symbolique, de reconnaissance de l’image du corps et de l’identification à cette image,  Lacan soulignera ce moment de retournement de l’enfant vers l’adulte qui le porte l’appelant comme témoin. C’est là, qu’évoquant la structure de ‘<em>présence en tiers, qui ne se saisit que de n’être plus’,</em>il fera  appel à ce qu’il nomme : <em>le temps le plus ambigu de la morphologie du verbe en français : l’imparfait</em>.  Il donne en exemple cette courte  phrase : « Un instant de plus  et la bombe éclatait » Duplicité d’une forme langagière qui ne permet pas, faute de contexte, de savoir si l’évènement est arrivé ou non. En clinique, nous savons tous l’attention que nous portons aux modes de conjugaisons de nos patients au sujet de ce qui les occupe. Ainsi de la maladie déjà ancienne, très ancienne, et qui est toujours évoquée au présent, comme dans une éternelle actualité. Ou des déclarations où les verbes restent à l’infinitif, témoignant de l’absence d’un sujet pour les assumer.</p>
<p>Blanchot m’avait ouvert des pistes de réflexions et de conduite : <em>« La prophétie  n’est pas seulement une parole future. C’est une dimension de la parole qui engage celle-ci dans des rapports avec le temps beaucoup plus importants que la simple découverte de certains évènements à venir. Elle annonce un impossible avenir, ou fait de l’avenir qu’elle annonce et parce qu’elle l’annonce quelque chose d’impossible, qu’on ne saurait vivre et qui doit bouleverser toutes les données sures de l’existence. Quand la parole devient prophétique, ce n’est pas l’avenir qui est donné, c’est le présent qui est retiré et toute possibilité d’une présence ferme, stable et durable. C’est à nouveau comme le désert, et la parole aussi est désertique, cette voix qui a besoin du désert pour crier et qui sans cesse réveille en nous l’effroi, l’entente et le souvenir du désert. </em></p>
<p><em>Le désert, ce n ‘est encore ni le temps, ni l’espace, mais un espace sans lieu et un temps sans engendrement. Là on peut seulement errer et le temps qui passe ne laisse rien devant soi, c est un temps sans passé, sans présent, temps d’une promesse qui n’est réelle que dans le vide du ciel et la stérilité de la terre nue où l’homme n’est jamais là, mais toujours au dehors. </em></p>
<p><em>Quand tout est impossible, quand l’avenir, livré au feu, brûle, quand il n’y a plus de séjour qu’au pays de minuit, alors la parole prophétique qui dit l’avenir impossible, dit aussi le « pourtant » qui brise l’impossible et restaure le temps. »</em></p>
<p>A chacun, chacune,  cette question : dans la clinique, quand tout est retiré, comment assurer l’entente, assurer une présence ferme, stable et durable, et soutenir le « pourtant »  qui restaure le temps du sujet ?</p>
<p>Disons quelques mots de  la grande complexité des  temporalités humaines autres que chronologiques du point de vue de la psychanalyse.</p>
<p>Avec Freud nous disant que l’Inconscient ne connait pas le temps, nous aurions pu être débarrassés de la question. Mais avec le concept <em>d’après coup</em>, Freud nous détourne d’une appréhension  naïve selon laquelle ce serait ce qui est antérieur qui déterminerait ce qui est ultérieur. Avec la conception que des traces mnésiques peuvent n’acquérir tout leurs sens, toute leur efficacité,  que dans un temps postérieur à leur inscription, c’est toute la dimension de la temporalité et de la causalité psychique qui se  trouve modifiée. Le temps freudien serait donc à deux temps. Mais c’est sans compter avec les  trois temps du fantasme « Un enfant est battu »,  les trois temps de la grammaire de la pulsion : actif, passif et réflexif…et de leurs déclinaisons selon les différentes pulsions partielles : orale, anale, génitale, scopique et invocante.</p>
<p>J’ajouterai que ce temps d’après coup, qui est un temps rétroactif, est ce qui permet qu’il y ait continuité d’existence : là où on peut préjuger de ce qui va se passer, ce n’est pas au moment ou cela se passe, c’est dans l’antécédence Alors…pourra se dire : cela aura été.</p>
<p>Avec Lacan, s’étayant sur un petit sophisme <a href="#_ftn6" name="_ftnref6">[6]</a> : celui des «trois prisonniers »devant deviner la couleur du disque, noir ou blanc, que chacun porte dans le dos pour être ensemble libérés, le temps devient logique en dégageant trois temps qui ne sont pas trois étapes chronologiques. Ces trois temps logiques permettent de rendre compte de ce qui relève de la temporalité dans la clinique analytique et dans la cure. Il s’agit de <em>l’instant de voir, le temps pour comprendre et le moment de conclure</em>qui sont chacun supporté par un sujet différent : pour l’instant de voir : le sujet impersonnel, pour le temps pour comprendre : le sujet indéfini réciproque, et pour le moment de conclure : le sujet de l’assertion sur soi-même. L’instant de voir est un temps sans durée, qui ne passe pas et dont les éléments sont identiques à eux-mêmes. Le temps pour comprendre comporte une durée qui est le temps passé avant de comprendre. Le moment de conclure est le temps du jugement porté dans la hâte et c’est aussi le temps de l’acte du sujet.Temps d’acte de parole qui engage réellement le sujet.</p>
<p>Pour terminer revenons à Chaos en faisant un détour par le Bénin, où toute émergence symptomatique s’accompagne tôt ou tard de cette  question : les rites ont-ils été faits ?  C’est de là que depuis quatre années nous mettons au travail ces questions : que pense la psychanalyse de la nécessité et des fonctions des rites ? Devons nous encore avoir des rites ? <a href="#_ftn7" name="_ftnref7">[7]</a> Quelles écritures pour les rites contemporains ? <a href="#_ftn8" name="_ftnref8">[8]</a></p>
<p>J’avais avancé une hypothèse étayée sur une conviction intime fondée sur le fait d’avoir assisté ces dernières années aux cérémonies vaudou au Bénin, ainsi qu’aux cérémonies taoïstes à Pékin et à Wuhan. C’est le temps du mouvement du corps dans l’espace qui fait du rite une écriture par le corps, qui fait du rite un texte qui se donne à lire, en  inscrivant le rite dans un rythme, une présence, une quotidienneté. Ici se donnait à entendre le corps, un autre corps que celui de la maladie.</p>
<p>Le rythme, c’est une mise en forme, c’est ce qui met en forme quelque chose, sans que ce soit une formulation. Le rythme on peut le concevoir à partir de la peinture comme chez Cézanne, Rembrandt, Vermeer. Ce qui importe c’est de ne pas rester dans une abstraction du motif, de ne pas créer une dualité entre le motif et le fond : il n’y a pas l’un sans l’autre, sorte de protodialectique. De mise en tension. De mise en mouvement.</p>
<p>Le lieu du rythme, c’est quelque chose que traditionnellement on appelle le chaos : le chaos ce n’est pas l’informe, c’est au contraire le lieu où il y aura de la mise en forme. Henry Maldiney parle de « l’ouvert du chaos ». A cet ouvert du chaos, il pose deux sorties possibles : l’une comme vertige, l’autre comme rythme. Au commencement était le rythme, le rythme ce n’est pas la cadence, c’est quelque chose de personnel, de singulier. Rythme vital qui renvoie au tracé de l’écriture, de la peinture. Fond et motif sont pris dans le rythme et la présence c’est la manifestation même de ce fait qu’il y a du rythme.</p>
<p>Delà l’entente et le «  pourtant » qui brise l’impossible et restaure le temps, les temps hétérogènes et multiples, du sujet.</p>
<p><a href="#_ftnref1" name="_ftn1">[1]</a> <em>Cancer et chronicité : une nouvelle donne</em> ; 35eme Congrès de la Société Française de Psycho-Oncologie ; Nancy 14-16 novembre 2018.  Atelier 5 : Accompagnement de la chronicité : approche psychanalytique. Coordinatrices : Martine Derzelle, Cécile Glineur.</p>
<p><a href="#_ftnref2" name="_ftn2">[2]</a> René Major, <em>Au cœur de l’économie, l’inconscient, </em>Ed Galilée, 2014, Paris, p. 12</p>
<p><a href="#_ftnref3" name="_ftn3">[3]</a> « <em>Devons nous encore avoir des rites ? » </em>Le Bulletin Freudien N° 62/ 2017<em>  </em>Revue de l’Association freudienne de Belgique<em>  et « Quelles écritures pour les ritualités contemporaines ?  </em>Journée d’études du 24 mars 2018 à paraitre</p>
<p><a href="#_ftnref4" name="_ftn4">[4]</a> Un travail est en cours au sujet des pratiques de divination mises en rapport avec l’interprétation dans le cadre de la cure analytique et pour lequel une journée d’études est prévue pour janvier 2020.Si la question intéresse voir : Rémy Hounwanou, <em>Le Fa, une géomancie divinatoire du Golfe du Bénin, </em>Lomé, Nouvelles éditions africaines, 1984</p>
<p><a href="#_ftnref5" name="_ftn5">[5]</a> Maurice Blanchot, La parole prophétique, in <em>Le livre à venir</em>, Paris, Folio Essais, Gallimard, 1959, p.109 et suivantes</p>
<p><a href="#_ftnref6" name="_ftn6">[6]</a> Jacques Lacan, <em>Le temps logique et l’assertion de certitude anticipée : un nouveau sophisme</em>, in Ecrits, Collection Le champ Freudien, Paris, Seuil, 1966, p.197-213</p>
<p><a href="#_ftnref7" name="_ftn7">[7]</a> <em>Devons nous encore avoir des rites ? </em>In le N° 62/2017 de la Revue Le Bulletin Freudien (Association Freudienne de Belgique) : ce numéro contient les Actes de la Journée d’Etudes du 19 mars 2016 ainsi que des textes ultérieurs suscités par cette journée</p>
<p><a href="#_ftnref8" name="_ftn8">[8]</a> <em>Quelles écritures pour les ritualités contemporaines ? </em>Journée d’Etudes du 24 mars 2018  à paraitre au Bulletin Freudien (Association Freudienne de Belgique) au premier trimestre 2019</p>
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			</item>
		<item>
		<title>Du devoir d&#8217;écrire</title>
		<link>https://tempofreudiano.com.br/artigo/du-devoir-decrire/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Claude Jamart]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 30 Jan 2018 13:23:15 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Artigo]]></category>
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					<description><![CDATA[Communication faite au Colloque Soins Palliatifs à Domicile Continuité et Transmission ORPHEO ASBL, Soins continus en phase palliative Centres de Santé Liégeois Liège, 6 et 7 mars 1998 Claude Jamart     On ne se méfie jamais assez de ses amis. Comme je ne me suis pas méfiée de Vanni Della Giustina quant à la  [...]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: right;"><em>Communication faite au Colloque Soins Palliatifs à Domicile</em><br />
<em>Continuité et Transmission</em><br />
<em>ORPHEO ASBL, Soins continus en phase palliative</em><br />
<em>Centres de Santé Liégeois</em><br />
<em>Liège, 6 et 7 mars 1998</em></p>
<p><strong><em>Claude Jamart</em></strong></p>
<p>&nbsp;</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>On ne se méfie jamais assez de ses amis.</p>
<p>Comme je ne me suis pas méfiée de Vanni Della Giustina quant à la sortie de l&#8217;hôpital, à l&#8217;issue d&#8217;un groupe de parole que nous venions d&#8217;animer ensemble dans une équipe soignante, il m&#8217;a demandé d&#8217;intervenir dans un colloque de soins palliatifs.</p>
<p>Le lieu de la demande a sans doute emporté la décision.</p>
<p>C&#8217;était celui de la sortie des ascenseurs, au premier sous-sol, face à l&#8217;entrée du lieu de culte, là où quelques mois auparavant nous avions assisté à une scène : ce jour-là, les patients avaient été priés d&#8217;aller se recueillir ailleurs.</p>
<p>Le lieu de culte était fermé &#8211; au culte tout au moins &#8211; mais largement ouvert aux stands de démonstration présentant les dernières avancées de la technologie en matière d&#8217;exploration gastro-entérologique.</p>
<p>La rutilance des modèles dernier cri n&#8217;avait d&#8217;égale que l&#8217;abondance des buffets : toute à ce miroitement, à cette brillance fascinante, la foule, nombreuse, se pressait.  Personne ne semblait interpellé par le caractère sacrilège de l&#8217;affaire.  Le Veau d&#8217;or était de sortie.</p>
<p>La suffocation de ma rage n&#8217;a pas été celle d&#8217;un &#8220;croyant&#8221;, encore qu&#8217;il faudrait s&#8217;entendre sur ce mot, mais bien celle d&#8217;un &#8220;soignant&#8221; devant le constat réitéré de l&#8217;absence de limite dans l&#8217;hôpital, où rien de l&#8217;humain, décidément, ne semblait pouvoir être élevé au statut de sacré, où rien non plus ne semblait pouvoir faire contrepoids à la toute-puissance de la science et de son appareil technologique et à ce que j&#8217;appelle l&#8217;irrésistible ascension des logiques marchandes.</p>
<p>Devant mon indignation, Vanni m&#8217;a dit :&#8221;Pourquoi ne chasses tu pas les marchands du<br />
temple ?&#8221;</p>
<p>J&#8217;ai répondu que si dans le temple du libre examen on commençait à penser que je me prenais pour le Christ, mon sort institutionnel serait scellé.  Et à ce mot, la voix d&#8217;Antigone faisait écho.  La voix tue d&#8217;Antigone.</p>
<p>Mais comme il ne faut jamais souffler très fort sur les braises de la révolte pour que je grimpe sur les barricades pour y lancer quelques pavés, j&#8217;ai accepté d&#8217;être ici aujourd&#8217;hui.</p>
<p>Au-delà du caractère anecdotique de l&#8217;événement permettant de rendre justice aux auspices sous lesquelles ma présentation s&#8217;est inscrite, je vous demande surtout de l&#8217;entendre, cet événement, dans toute sa profondeur de meurtre du symbolique justifiant bien l&#8217;emploi de quelques pavés comme condition d&#8217;avènement du réel, comme condition de rencontre pour le sujet avec le réel.  De quoi nous sortir tous de notre léthargie.</p>
<p>Au prix de quelques &#8220;bris de glace&#8221;.</p>
<p>C&#8217;est en lecteur de Jean Paulhan que Roland Chemama dans son article &#8220;Le réel en un mot&#8221;<a href="#_ftn1" name="_ftnref1">[1]</a>, se souvient de l&#8217;anecdote de la glace brisée :</p>
<p><em>&#8220;En 1914 Paulhan est coincé, avec quelques autres soldats dans une maison à demi démolie sur laquelle s&#8217;acharnent deux batteries d&#8217;artillerie.</em></p>
<p><em>C&#8217;est assez impressionnant : &#8220;lumière d&#8217;éclipse, éclats ronflants à droite et à gauche, bruit d&#8217;orgue des obus et puis un cadavre qui vous regarde sans vous voir, un cheval éclaté&#8221;, de tous les côtés le désordre et la dislocation.</em></p>
<p><em>Impressionnant, mais comme un spectacle. Paulhan poursuit : &#8220;tout cela était étrange mais à certains égards merveilleux, que de feux d&#8217;artifice que de châtaignes et de girandoles, de crapaud et d&#8217;acrobates, de clowneries et de parade.</em></p>
<p><em>D&#8217;aimables figurants faisaient le mort à la perfection&#8221;.</em></p>
<p><em>Est-ce donc pour moi qu&#8217;on a monté tout cela ?</em></p>
<p><em>La guerre ne donne qu&#8217;une impression de farce, ou de cauchemar &#8211; une impression d&#8217;irréalité.  Impression de laquelle Paulhan ne peut se tirer qu&#8217;en donnant de grands coups de soulier dans une glace restée intacte.</em></p>
<p><em>&#8220;La glace se fendilla, s&#8217;écailla, puis s&#8217;écroula dans un grand bruit et je conçus très bien que je ne rêvais pas&#8221;.</em></p>
<p>Dans un dispositif comme celui-ci, utiliser un génocide comme pavé, ou comme coup de pied, a quelque chose d&#8217;indécent et d&#8217;abject.</p>
<p>Peut-être pas tant en raison de sa &#8220;mise en scène&#8221; entraînant avec elle cette part bien contemporaine de jouissance et de honte que donne le voyeurisme, même s&#8217;il ne s&#8217;agit que de mots, mais bien plus, en ce que le procédé, analogique, charrie avec lui une acclimatation toute insidieuse des représentations, une banalisation dont on ne mesure pas toujours les effets.</p>
<p>Ainsi de la dérive au fil de la plume journalistique des catastrophes humaines qui deviennent des catastrophes humanitaires, du nom des moyens mis en œuvre pour y répondre.  Hier matin, nous avons entendu que dorénavant il existe dans le langage des politiques un patient palliatif.  On peut se demander ce qu&#8217;est &#8220;un patient palliatif&#8221;.</p>
<p>Mais je n&#8217;allais pas si facilement me débarrasser de ce mot de génocide.</p>
<p>Non seulement il constituait la suite logique, extrême, de la métaphore concentrationnaire utilisée par les oncologistes au débat de mon travail en cancérologie : &#8220;Si vous voulez comprendre quelque chose au patient cancéreux, lisez donc Primo Levi&#8221; mais surtout il s&#8217;était imposé à moi comme premier mot d&#8217;un argument, en réponse à cette évidence militante du titre : Du devoir d&#8217;écrire.</p>
<p>Et c&#8217;est dans le temps de l&#8217;imminence que c&#8217;est écrit ce texte.</p>
<p>Cette imminence &#8220;<em>du jamais arrivé qui arrive sans cesse, ce toujours déjà arrivé de l&#8217;énigme, dans la déchirure de l&#8217;instant</em>&#8220;, comme dit Blanchot<a href="#_ftn2" name="_ftnref2">[2]</a>, qui est ce temps paradoxal &#8220;<em>de l&#8217;antériorité de la mort par rapport à toute vie, confondue avec l&#8217;antériorité de la naissance</em>&#8220;.</p>
<p>S&#8217;il est un génocide dans la médecine aujourd&#8217;hui et qui fait de l&#8217;hôpital un lieu potentiel de barbarie, ce n&#8217;est pas tant celui du sujet que celui de la mort.</p>
<p>Sans doute, meurtre des morts, car aucun lieu pour eux hormis celui de la morgue dont la filiation sémantique avec l&#8217;arrogance nous donne bien à entendre le dédain où l&#8217;institution exige de les tenir.  Et les interdits que les soignants transgressent pour malgré cela, dans le secret, maintenir quelques rites.</p>
<p>Mais surtout, meurtre de la Mort en tant qu&#8217;espace et fonction symbolique et dont témoigne jusqu&#8217;à la disparition du mot même remplacé par un sigle &#8220;D.C.D.&#8221; voire un signe &#8220;@&#8221;.</p>
<p>Comment pour nous soignants garder trace de nos morts, reconnaître et assumer leur legs d&#8217;homme et de femme et transmettre aux générations soignantes à venir ce non-savoir sur la mort en tant que structure d&#8217;avenir.</p>
<p>Alors si les livres constituent, comme le dit Danièle Sallenave, &#8220;le don des morts&#8221;<a href="#_ftn3" name="_ftnref3">[3]</a>, écrire devient pour le soignant un devoir éthique.</p>
<p>Une des façons de sauver la mort.</p>
<p>Ici pas d&#8217;échappée théorique défensive mais une réflexion qui s&#8217;origine et se fonde dans le face à face de la clinique : celui où il s&#8217;agit d&#8217;être liseuse de texte hospitalier.</p>
<p>Il fallait donc y aller de ce mot de génocide.</p>
<p>J&#8217;ai bien imaginé quelques dérobades rendant cependant compte des traces d&#8217;une transmission tout en m&#8217;autorisant à cette place de liseuse du discours hospitalier.</p>
<p>Comme de venir ici portant sur mon visage, le masque de récitant du théâtre antique et de cette position anonyme, hors scène, sur de hautes cothurnes, vous donner à entendre, en une longue mélopée intime les noms et les mots de ceux et de celles qui ont parlé et écrit pour m&#8217;instruire, de ceux et de celles qui sont morts pour m&#8217;instruire.</p>
<p>Colette &#8211; la petite fille aux allumettes, Annie Ernaux pour les &#8220;Armoires vides&#8221;, le tireur à l&#8217;arc, Robert Antelme pour &#8220;L&#8217;espèce humaine&#8221;, l&#8217;homme qui voulait mourir chez les Peuls, Duras décrivant le corps de Robert A, Dolores la douloureuse, Claudel pour le monologue de l&#8217;Ombre Double du &#8220;Soulier de satin&#8221;, l&#8217;homme à la moto et l&#8217;azalée en son jardin secret, Piccoli pour sa voix disant la première phrase de &#8220;La maladie de la mort&#8221;, Blandine la transparente, l&#8217;aveugle musicienne, Deleuze pour &#8220;Critique et Clinique&#8221;, Nathalie la petite fille silex contre silex, Blanchot pour le Dehors du désert, l&#8217;homme qui ne voulait pas une seconde fois gravir l&#8217;Everest, Barthes pour son &#8220;Fragment de discours amoureux&#8221; dont la solitude est si proche de celle du discours hospitalier&#8230;</p>
<p>Et d&#8217;autres, et d&#8217;autres&#8230;</p>
<p>En un infini recensement.</p>
<p>Et cette œuvre au noir du travail de la mémoire m&#8217;a fait me souvenir de ce registre qui se trouvait dans chaque salle, il y a trente ans quand j&#8217;étais jeune infirmière.</p>
<p>Registre des patients morts, que parfois nous regardions, les nuits oisives quand tous étaient endormis et que nous étions là, vigiles, veilleuses.</p>
<p>Et sur ces noms et prénoms, la plupart inconnus, nous nous racontions des histoires.  Qui étaient-ils ces hommes et ces femmes ?</p>
<p>Bien sûr quelques curieux assemblages patronymiques attiraient notre attention.  Les Lempereur prénommés Napoléon ou les Leroy, Albert, Léopold ou Baudoin, les Jean Bon ou autre Barbe Barbe nous confrontaient aux mystères de la nomination.</p>
<p>Mais aussi, des dates, dénonçant des vies si brèves, faisaient des liens avec des préoccupations soignantes bien actuelles.</p>
<p>Ainsi, par la parole à la veillée, quelques uns de la grande cohorte des morts se trouvaient reliés au monde des vivants.</p>
<p>Mais aujourd&#8217;hui dans nos hôpitaux, quels lieux pour cette mémoire ?</p>
<p>Ainsi, en début de semaine, j&#8217;ai interrogé le service des Archives à ce sujet : voici les réponses que j&#8217;ai reçues au téléphone.</p>
<p>&#8211;    Oui; il est possible d&#8217;obtenir un listing avec tous les patients décédés.  Si on le stipule dans la banque de données.</p>
<p>C&#8217;est pour une recherche ?</p>
<p>&#8211;    Oui; si le patient est décédé, on le trouve dans le DMU; dans le temps ? Ça se trouvait dans un autre système : le TPMS.</p>
<p>&#8211;    Un lieu de mémoire ?  Dites, c&#8217;est carrément Poltergeist que vous me racontez là.</p>
<p>&#8211;    Non; c&#8217;est une donnée comme les autres, sans caractère affectif.</p>
<p>&#8211;    Au début des archives ?  Un fichier ? Ah oui.</p>
<p>Non; pas de classement décès.</p>
<p>Oui; un classement vivant &#8211; avec le nom, le prénom, la date de naissance.</p>
<p>On retirait fin de mois les patients décédés, on estampillait avec une croix décès.</p>
<p>On les réduisait à leur plus simple expression sous forme de micro-fiche.</p>
<p>Et sans doute quelque chose de ce qui m&#8217;occupait a dû faire écho chez mon interlocuteur parce que sa dernière phrase a été :</p>
<p>&#8211;    Mais&#8230; Quel est votre nom ?</p>
<p>Mais tout ceci ne me permettrait pas d&#8217;assumer ma dette pour les mots d&#8217;Hélène Piralian : ceux de son article sur le génocide arménien<a href="#_ftn4" name="_ftnref4">[4]</a>qui m&#8217;ont hantée plus que je ne le savais et que je voudrais faire contrechanter avec ce que je viens de dire.</p>
<p>Elle commence par cette question :</p>
<p><em>&#8220;Quelles sont les conditions pour qu&#8217;il puisse y avoir du symbolique, qu&#8217;un espace symbolique soit possible pour un sujet, mais aussi une famille, un groupe, un état ?</em></p>
<p><em>Symbolique qui se constituerait pour un sujet du savoir de sa mortalité et de la prise en compte de celle-ci en ce qu&#8217;elle ordonne et le désir et la vie.</em></p>
<p>S&#8217;interrogeant sur le but que se proposent les responsables d&#8217;un génocide, elle pose l&#8217;hypothèse&#8221; <em>qu&#8217;au-delà du meurtre collectif des sujets singuliers, ce serait celui du symbolique lui-même et de sa transmission dont il serait question.</em></p>
<p><em>Ainsi la visée génocidaire serait celle de la mémoire signifiante collective qui structure l&#8217;humanité d&#8217;un groupe et qui y inscrit ses membres. Meurtre qui détruisant l&#8217;avant et l&#8217;après fait qu&#8217;il ne peut y avoir ni passé, ni futur.</em></p>
<p><em>Peut-on pour un groupe parler de déni, de forclusion de la fonction symbolique, déni qui se constituerait en un mythe collectif protecteur qui ne serait tenace que parce qu&#8217;il serait seul à imaginairement s&#8217;opposer au retour imaginaire de la destruction.</em></p>
<p><em>Le déni viendrait doubler la destruction, le meurtre collectif d&#8217;un effacement.</em></p>
<p><em>Ainsi en Turquie, après le génocide de 1915 ordre a pu être donné de détruire, dénaturer ou défigurer ce qui pouvait faire trace de l&#8217;existence passée d&#8217;Arméniens sur ce territoire qui fut le leur.</em></p>
<p><em>Ainsi furent détruits des monuments, effacées des inscriptions, interdite la langue, changé les noms et donné cet ordre symbole de cette volonté d&#8217;effacement : &#8220;Que soient labourés les cimetières&#8221; dont cet autre ordre &#8220;Que soient déportés tous les enfants en âge de se souvenir&#8221; n&#8217;est que le complément tragique.</em></p>
<p><em>Ce qui a permis à l&#8217;un des principaux responsables de ce génocide de déclarer en 1916 à l&#8217;ambassadeur des Etats Unis qui lui demandait ce qu&#8217;il comptait faire des Arméniens : &#8220;A quoi bon parler d&#8217;eux, nous les avons liquidés&#8221;.</em></p>
<p><em>A entendre &#8220;nous avons réussi à ce qu&#8217;ils n&#8217;aient jamais existé&#8221;.</em></p>
<p>Un rayé de la carte d&#8217;une carte qui n&#8217;a même jamais existé.</p>
<p><em>Ceci n&#8217;empêchant pas que depuis, dès qu&#8217;apparaissait une tentative publique d&#8217;inscription de ce génocide, comme levée de son déni, apparaissaient en même temps des menaces de mort.</em></p>
<p><em>Ceci plaçant les survivants dans l&#8217;impossibilité de s&#8217;inscrire sur la scène publique et les obligeant à constituer en mot d&#8217;ordre de survie l&#8217;effacement de leur propre trace.</em></p>
<p><em>Mais fait plus important, faute de mortalité possible pour les morts, la seule issue possible serait de les garder en soi (ni morts &#8211; ni vivants), garder leur mortalité en suspendant leur mort, en les incorporant, pour attendre un temps où leur mortalité serait possible et ainsi les empêcher, de disparaître comme n&#8217;ayant jamais été.</em></p>
<p><em>Il y aurait, pour chacun des survivants, bien au-delà des histoires personnelles de chacun comme une mort anonyme à conserver, un corps mort incorporé comme seule possibilité de garder trace, un corps mort à transmettre de génération en génération</em></p>
<p><em>Ainsi préserveraient-ils à leur insu et à tout prix, ce morceau de corps mort, gardé comme un morceau de mort symbolisable par où pourrait se rouvrir le symbolique et se mettre en mot l&#8217;innommable</em></p>
<p><em>Parce qu&#8217;ici on est dans l&#8217;innommable, là ou non seulement il n&#8217;y a plus d&#8217;histoire personnelle, plus d&#8217;histoire familiale, plus d&#8217;histoire collective, mais aussi plus de parole pour le dire.</em></p>
<p><em>Et donc plus de possibilité pour qu&#8217;un sujet puisse s&#8217;inscrire dans la chaîne signifiante où des vivants mortels, succédant dans l&#8217;ordre des générations à d&#8217;autres vivants mortels, reconnaîtraient leur mortalité, comme condition de vie.&#8221;</em></p>
<p>Il y a bien des analogies avec le statut de la mort à l&#8217;hôpital.</p>
<p>Si elle existe bien au plan réel et imaginaire c&#8217;est au plan symbolique que son inscription reste aléatoire, en suspens, difficile, malade.</p>
<p>Ce qui pourrait s&#8217;entendre comme un : &#8220;chez nous, on ne meurt pas&#8221;.</p>
<p>Alors écrire.</p>
<p>Ecrire &#8211; non comme nécessité &#8211; mais comme devoir éthique.</p>
<p>C&#8217;est à cela me semble-t-il, que Blanchot<a href="#_ftn5" name="_ftnref5">[5]</a> nous convoque, quand de façon âpre et sans rémission il évoque ce devoir qu&#8217;est l&#8217;exigence de l&#8217;œuvre.</p>
<p><em>&#8220;Rimbaud, Mallarmé, Flaubert, Proust, Bataille, Arbaud, Becket &#8211; par ce qu&#8217;ils appellent &#8220;écriture&#8221; &#8211; attestent que la littérature, pour ne parler que d&#8217;elle, n&#8217;a jamais eu pour objet véritable que de révéler, représenter en mots ce qui manque à toute représentation, ce qui s&#8217;y oublie.</em></p>
<p><em>L&#8217;écriture est ce travail nourri de la chose exclue à l&#8217;intérieur, baignée de sa misère représentationnelle mais qui s&#8217;avance à la représenter, cette chose en mots, en couleurs.</em></p>
<p><em>Elle a toujours quelque valeur réparatrice du mal fait à l&#8217;âme par son impréparation qui la laisse enfant.</em></p>
<p><em>Il y a de l&#8217;impensable, du temps perdu toujours là, une révélation qui ne se révèle jamais mais reste là, une misère.&#8221;</em></p>
<p>Mais ce qui est vrai pour la littérature, est vrai aussi pour cette écriture &#8220;quotidienne&#8221; quand on s&#8217;y risque.  Cette écriture quotidienne, comme le carnet de Georges dont on parlait hier matin.</p>
<p>S&#8217;y risquer.  A l&#8217;écriture.</p>
<p>S&#8217;y risquer : c&#8217;est de ne pas savoir ce qui est à écrire avant de l&#8217;écrire. &#8220;<em>L&#8217;écriture</em>&#8220;, comme dit Duras<a href="#_ftn6" name="_ftnref6">[6]</a>, &#8220;<em>c&#8217;est l&#8217;inconnu.  Avant d&#8217;écrire on ne sait rien de ce qu&#8217;on va écrire.  Et en toute lucidité.  Ecrire c&#8217;est tenter de savoir ce qu&#8217;on écrirait si on écrivait &#8211; on ne le sait qu&#8217;après &#8211; avant, c&#8217;est la question la plus dangereuse que l&#8217;on puisse se poser. Mais c&#8217;est la plus courante aussi</em>&#8220;.</p>
<p>Alors écrire, c&#8217;est non seulement accepter l&#8217;entame de la toute-puissance, écrire, c&#8217;est donner une adresse au désarroi, c&#8217;est de rien, avec rien, s&#8217;arrimer au silence de l&#8217;Autre.</p>
<p>&#8220;<em>Ecrire</em>&#8221; dit Blanchot, &#8220;<em>c&#8217;est se tourner vers Eurydice</em>&#8220;<a href="#_ftn7" name="_ftnref7">[7]</a>.</p>
<p><a href="#_ftnref1" name="_ftn1">[1]</a>     Roland CHEMAMA.</p>
<p>Eléments lacanieux pour une psychanalyse au quotidien. Ed. de l&#8217;Association Freudienne Internationale, 1994.</p>
<p><a href="#_ftnref2" name="_ftn2">[2]</a>     Maurice BLANCHOT.</p>
<p>Le livre à venir. Gallimard, 1959.</p>
<p><a href="#_ftnref3" name="_ftn3">[3]</a>     Danièle SALLENAVE.</p>
<p>Le don des morts &#8211; Sur la littérature. Gallimard, 1991.</p>
<p><a href="#_ftnref4" name="_ftn4">[4]</a>     Hélène PIRALIAN.</p>
<p>Génocide et transmission : sauver la mort. Dans LE PERE. Collection L&#8217;Espace analytique. Ed. Denoel, 1989.</p>
<p><a href="#_ftnref5" name="_ftn5">[5]</a>     Maurice BLANCHOT.</p>
<p>L&#8217;espace littéraire. Gallimard, 1955.</p>
<p><a href="#_ftnref6" name="_ftn6">[6]</a>     Marguerite DURAS.</p>
<p>Ecrire. Gallimard, 1993.</p>
<p><a href="#_ftnref7" name="_ftn7">[7]</a>     Maurice BLANCHOT.</p>
<p>L&#8217;entretien infini. Gallimard, 1969.</p>
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